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26 mai 2011 4 26 /05 /mai /2011 21:58

DSCN2502.JPGJe suis allée à une conférence donnée par une psychologue spécialiste de la petite enfance et organisée par la halte-garderie de mon Loulou sur le thème des conflits et jalousies entre frères et sœurs. C’était encore une fois passionnant. (Rappelez-vous, j’avais déjà assisté à une conférence sur « Le parler vrai ») Alors, si vous êtes d’accord, je vais vous faire un petit compte-rendu…(en fait, il est très long, mais c’était tellement riche que je n’avais pas envie de synthétiser !)


Nous avons tous l’espoir illusoire d’avoir une famille harmonieuse, d’éviter au maximum les conflits entre nos enfants. Nous détestons les savoir jaloux, les voir se chamailler, les entendre dire qu’ils se haïssent. On se demande alors ce qu’on a raté dans leur éducation, comment on aurait pu éviter ça. Eh bien en fait, ça va mieux en le disant : c’est impossible ! Impossible d’éviter les conflits, les jalousies, la concurrence, voire la haine entre frères et sœurs. Donc tout de suite, on culpabilise moins… ! Les relations au sein de la fratrie sont loin d’être évidentes, preuve en est le nombre de fratricides mythiques: Romulus et Remus, Abel et Caïn, Isis et Seth…Sans aller jusqu’à s’entretuer ( !), les conflits sont pourtant constitutifs de la relation problématique qu’entretiennent les enfants d’une même famille.


D’une part, chaque enfant ne naît pas dans la même constellation que son frère ou sa soeur. En plus des spécificités apportées par sa propre personnalité d’individu, ses parents ne projettent pas les mêmes attentes sur lui : il est l’aîné, le premier ou le second, celui qu’on compare ou le « petit » dernier. D’autre part, l’enfant est, pendant les premières semaines de sa vie, dans une relation exclusive avec ses parents (surtout sa mère), en raison de sa grande dépendance…puis, il va se détacher, ses parents vont le conduire vers l’autonomie et toute sa vie il n’aspirera qu’à une chose : recréer la relation d’exclusivité des premiers instants. Pour ce faire, il va se placer dans une double dynamique : d’une part s’assurer en permanence de l’amour exclusif de ses parents et ainsi se rassurer et d’autre part évincer son rival (de frère ou de sœur) qui poursuit le même but que lui.


Cela prend alors différentes formes : chamailleries, bouderies, bagarres, coups. Le tout dans le seul but d’emmerder la mère d’attirer l’attention de la mère bien aimée. Vous avez remarqué comme ça se passe bien, justement, quand ils ne sont pas chez vous ou quand ils ne sont pas dans votre champ de vision? Complicité, rires, bonne entente. Forcément, il n’y a pas d’enjeu, ils n’ont rien à prouver, vous n’êtes pas là pour les voir, ce n’est plus à celui qui remportera la préférence de Maman.

Quand arrive un bébé dans la famille, c’est forcément difficile pour l’aîné. Il a toutes les raisons de se sentir jaloux et incompris. Imaginez le scénario suivant pour comprendre un peu les sentiments qui l’animent : vous vivez heureuse avec votre mari et celui-ci vous dit un beau jour… « Tu vas voir je vais ramener à la maison une autre femme, elle sera vraiment trop mignonne, ça va être super sympa avec elle, on va trop bien s’amuser, je suis sûre que tu vas l’adorer. Ah au fait, comme elle est plus menue que toi, elle portera tes anciens vêtements, ceux dans lesquels tu ne rentres plus, ils lui iront bien. » Ce que l’on ressentirait si on vivait ça est exactement ce qui préoccupe l’aîné au moment de l’arrivée d’une deuxième enfant. Il se dit « Je ne suffis plus à mes parents, ils ont été chercher mieux ailleurs. Quel besoin ont-ils eu de faire venir quelqu’un d’autre chez nous ?» Donc cet enfant, il va falloir lui en faire voir de toutes les couleurs et parallèlement faire comprendre aux parents que c’est lui le mieux des deux.


Comment faire, à défaut de pouvoir éviter complètement les scènes de jalousie, pour pouvoir rendre les conflits un peu plus vivables et un peu moins fréquents?

-          Dire régulièrement à chaque enfant, seul, qu’on l’aime. Il a besoin de preuves d’amour et ça évitera peut-être qu’il cherche à les obtenir autrement (en frappant sa sœur par exemple ! Antoine, si tu me lis, sache que je te comprends enfin !)

-          Ne pas chercher à régler les conflits des enfants à leur place. Souvent, on ne sait pas comment ça a commencé et qui est l’initiateur. Face à deux versions des faits radicalement différentes, mieux vaut ne pas prendre parti.  Se faire plutôt médiateur, écouter l’un et l’autre, dire que l’on comprend leur colère, leur frustration etc. (mettre des mots sur les sentiments), mais ne pas faire des remontrances à l’un ou à l’autre et en tenir un pour responsable. Il se verrait alors tomber en disgrâce et serait encore plus enclin à embêter son frère. Quand à l’autre, plein de l’orgueil transmis par cette mère qui lui a donné raison, il se peut fort qu’il aille narguer l’autre et que cela recommence. Dire plutôt « Je vous fais confiance, vous allez trouver une solution ». Parce qu’au fond, ce que l’on veut, ce n’est pas que l’un ou l’autre « gagne » mais bien que le conflit perde en intensité. Il importe donc plus de trouver une solution, une issue, qu’un coupable, tout en reconnaissant les sentiments éprouvés par chacun d’eux. Mais au préalable, il faut le dire et le redire : « Je ne m’impliquerai pas dans vos conflits, ce sont vos affaires, cela ne me concerne pas, il vous faudra trouver seuls comment en sortir ».

-          Consacrer du temps à chaque enfant pris individuellement. Cela peut sembler évident, mais il est important de souligner qu’il ne s’agit pas de quantité. Cinq minutes peuvent suffire, si l’enfant a vraiment le sentiment que sa mère (ou son père) lui accorde un moment privilégié et est tout à lui. Du coup, quand on en a assez, le soir, de faire la police pour arbitrer les chamailleries de nos enfants et qu’on est intervenue 10 fois dans la soirée, on peut essayer d’annoncer les choses autrement : « Je finis ce que j’ai à faire, c’est un impératif, mais dès que ça sera fait, je te promets qu’on pourra faire quelque chose ensemble, tous les deux. » Et à ce qu’il paraît, ça marche, l’enfant sait qu’il n’a pas à faire le zouave pour attirer l’attention de sa mère puisqu’il sait qu’elle va venir s’occuper de lui, elle le lui a promis et il peut se raisonner et patienter jusqu’à ce moment là. Et au lieu d’intervenir 10 fois 1 minute, on consacre 10 vraies minutes à l’enfant… donc ce n’est pas si difficile à caser dans un emploi du temps de ministre maman.

-          Ne pas essayer de chercher par tous les moyens à les traiter sur un pied d’égalité. Parce qu’ils sont différents et qu’ils aspirent à être traités dans leur singularité et leur individualité…pour faire justement écho à ces tentatives inlassables de vouloir vous prouver qu’ils ne sont pas comme leur frère (puisqu’ils sont mieux, c’est quand même évident!). Donc ne pas chercher à faire la même chose avec chacun, dans ces fameux temps privilégiés. Ne pas systématiquement rapporter le même cadeau (ben quoi, pour ne pas faire de jaloux… !), mais justifier ces choix différents : « Je t’ai rapporté ce cadeau parce que je sais que tu aimes particulièrement faire ci ou ça et j’ai pensé que ça te plairait… »

-          J’ai dit plus haut qu’il était important de dire à chaque enfant qu’on l’aimait. Mais quand l’enfant s’aventure sur un terrain miné et qu’il pose LA question qui tue « Maman, tu m’aimes plus ou moins que mon frère ? ». Bon évidemment, on peut se lancer dans l’explication classique du cœur extensible blablabla. Elle est d’ailleurs tout à fait valable et parlante. Mais on peut aussi dire « Je t’aime parce que tu es toi, parce que tu es mon enfant et parce que tu as des qualités que j’apprécie particulièrement : tu es serviable, de bonne humeur le matin quand tu te réveilles, tu es drôle etc. » Du coup, l’enfant aura envie de reproduire ces comportements dont il sait que sa mère les apprécie. Alors que si il comprend que ce qui préoccupe sa mère c’est « qu’il n’arrête pas d’embêter son petit frère », il va continuer à la préoccuper…A méditer. Bon parfois c’est vrai, il faut faire de GROS efforts, dans certaines phases, pour trouver de grandes qualités à nos enfants…mais ça vaut la peine de se creuser un peu.

-          Le parent n’intervient donc pas dans les conflits (à part en tant que médiateur), mais il ne va pas pour autant tout laisser passer. Il édicte la loi : on ne tape pas, on n’insulte pas etc. Et par exemple, quand l’enfant est trop petit pour parler et qu’il a tendance justement à frapper pour se faire respecter, il faut lui dire : « Tu as le droit d’être en colère, mais pas de frapper. Si tu n’es pas content, tu peux exprimer ta colère en tapant du pied, en regardant d’un air fâché, mais pas en frappant. »


Voilà, quelques pistes de réflexion. Chez moi, quelques traces de jalousie chez l’aînée, mais cela dépend des moments. A la naissance de son frère, elle avait des gestes d’amour très ambivalents : des embrassades limite étouffantes, des baisers qui se terminent en morsure. Et pourtant, qu’est ce qu’elle l’aime son frère, elle nous le répète tous les jours. Chez le cadet, pour l’instant rien…mais on verra quand il saura parler ou taper !

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commentaires

Une Mère Ordinaire 08/07/2011 15:51


Merci pour cet article et merci pour les liens cités dans les commentaires... Chez nous je suis l'aînée de quatre et les relations avec ma soeur (la deuxième) n'ont pas toujours été faciles.
Aujourd'hui je suis Maman à mon tour et j'ai deux filles qui ont deux d'écart. Pas tous les jours faciles à gérer!!


vivi 07/06/2011 14:47


Je suis bien d'accord avec toi. A très bientôt alors...


C-cilou 08/06/2011 22:38



Hip hip hip hourra à nos docs alors ! (et vive l'homéo !)



vivi 05/06/2011 15:49


La psychologue qui a tenu la conférence à laquelle tu as assisté s'est certainement inspirée du livre que cite aussi Mme Déjantée, car je l'ai lu (en long et en large) et c'est tout à fait ça. Si
tu as l'occasion de le lire ou de te le faire offrir, il en vaut la peine. L'exemple de la nouvelle femme qui arrive à la maison est tout à fait flagrant... et il y en a plein d'autres comme ça.
C'est le médecin qui suit les enfants (http://les-blablas-de-vivi.over-blog.com/article-gros-bobos-et-petites-granules-58839030.html) qui me l'avait conseillé il y a une bonne quinzaine d'années,
et je n'ai jamais regretté cet investissement à (très) long terme ! A bientôt.


C-cilou 07/06/2011 14:44



Oui, en lisant l'article chez mme Déjanté j'ai retrouvé plein de similitudes avec l'ecposé de la psy. Du coup, j'ai vu que tout ça était aussi dans le prolongement des "ateliers de parents" et ça
me tente bien d'y participer. Mais le livre, je le note et je vais voir si il est à la bibli, tu m'as donné envie.


Et j'ai lu aussi avec double intérêt ton article sur l'homé, d'une part parc e que l'homéo, moi j"y crois", ça a marché dans mon cas pour de vilaines verrues plantaires que je faisais "soigner"
par une dermato depuis plus d'un an (même le laser n'y faisait rien). Par contre c'était en Allemagne et là bas, ce sont des homéopathe unicisites et ça me manque un peu ici en France. Et d'autre
part, parce que ton Doc me fait penser au mien, celui qui m'a dit, à un moment où j'étais sur le point de craquer physiquement, qu'il fallait que je fasse qqc pour moi...et voilà comment je me
suis mise à bloguer ! D'où l'importance d'un bon "médecin de famille", qui sait écouter le corps, mais aussi l'âme.



AV 27/05/2011 18:45


parce que l'amour de la mère n'est pas le seul défi des frères et sœurs, un petit complément, pas transcendant mais disons que c'est dans le thème:
http://www.lemonde.fr/week-end/article/2011/05/27/freres-et-s-urs-l-ambivalence-d-une-relation_1528217_1477893.html


C-cilou 28/05/2011 13:19



c'est rigolo cette coïncidence dans la date...ouah, je pubie sur les mêmes sujets que le Monde, ct'e classe !



Koala 27/05/2011 14:03


Ton résumé est très intéressant. Nous sommes ici, en plein phase de jalousie. Dès que la grande sent sa place menacée par sa petite soeur, les actes de jalousies se multiplient.
Mais nous avons bien remarquées que quand elles étaient seules dans leur chambre, il n'y a pas de cris, pas de pleurs, elles se débrouillent...


C-cilou 28/05/2011 13:18



Bon courage alors pour gérer les crises...


chez nous, c'est par phases, en ce moment ça va mieux...



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Maman de deux Loulous (4 ans et 20 mois), prof en congé parental, mariée à Monsieur C-cilou.

Je blogue pour répondre à une irrésistible envie de de décrire le quotidien, pour lui donner plus de saveur, le rendre plus rigolo et doux, comme un ourson haribo...et éviter que ma mémoire ne se vide à la vitesse d'un paquet de bonbons ! Je blogue pour prendre du temps pour moi, pour me poser, réfléchir, comprendre, partager.

Depuis Septembre 2011, nous vivons à Berlin (oui, oui, en Allemagne).

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