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20 février 2011 7 20 /02 /février /2011 21:00

"Peut-on mentir à un enfant?" "Doit-on tout dire à un enfant?"

Ce sont les questions principales soulevées par la psychologue qui animait la rencontre-débat  à laquelle j'ai assisté cette semaine, sur le thème: "Comment dire? La maladie, la mort, la séparation, les interdits." J'ai appris beaucoup de choses sur la façon de communiquer avec son enfant, quel que soit son âge et sur le fait que bien des conflits parent-enfants pourraient être réglés ou évités si l'on réagissait différemment et si l'on utilisait d'autres mots. La psy a illustré son propos de plein de situations concrètes dans lesquelles il était facile de se reconnaître. En voici quelques unes..(Attention, c'est long ! Et pas toujours rigolo.) (T'es encore là? Bon, ben je continue alors...)

 

Communiquer dans les situations conflictuelles

Nous avons chacun un vécu, un passif, une zone douloureuse qui font que certaines fois, nous réagissons au quart de tour à certaines paroles. La clé pour réussir à sortir de l'ornière dans les situations tendues, c'est de s'affranchir de ce vécu émotionnel et de ne pas se laisser entraîner sur le terrain des sentiments et de la culpabilité où nos enfants savent parfois très bien nous emmener. Je m'explique, avec quelques exemples tirés de cette discussion.

 

Quand notre enfant nous lance "T'es pas gentille, je ne t'aime plus"

Ce qu'on dit parfois:

"C'est toi qui est méchant de dire ça, tu sais, les enfants aiment toujours leur maman et moi je t'aime beaucoup alors ça me fait de la peine d'entendre ça" Bon, ça semble évident que c'est le genre de chose qu'il ne faut pas dire.  Mais là où je me suis reconnue, c'est quand elle a dit que souvent, au lieu de réagir au problème, à la situation qui a provoqué cette phrase de l'enfant, on en reste à LA phrase qui fait mal et on répond par exemple (sans tomber pour autant dans l'excès de la phrase ci-dessus) "Je ne suis pas là pour être gentille, etc."

Ce qu'il faudrait dire...

En fait, il faudrait simplement ne pas réagir à la provocation de l'enfant, mais revenir à la situation, à l'interdit en question et ne pas laisser l'enfant nous embarquer sur le terrain des sentiments.

 

Même chose, quand on gronde un enfant et qu'il répond "C'est toujours moi que tu grondes, tu ne grondes jamais ma sœur, t'es méchante"

On a tendance à dire "Ce n'est pas vrai, hier, j'ai disputé ta sœur parce qu'elle avait fait ça et ça, tu vois, je ne fais pas de traitement de faveur etc."

Ce qu'il faudrait dire...

"Je ne te parle ni de moi, ni de ta sœur. Là il est question de ton comportement présent."

 

Ou encore, quand votre fille a repéré chez une copine une superbe poupée et qu'elle vous tanne pour l'acheter

On est tenté de dire:

" Mais tu sais, ma chérie (important, le "ma chérie"), le magasin est fermé. On ne peut pas l'acheter."

Et puis on se lance dans des grands discours sur la valeur de l'argent, que ça coûte cher, que Papa et Maman n'ont pas tant d'argent que ça etc. (mode "violons" ON)

Bref, on préfère faire croire à son enfant que vraiment, on aimerait bien lui offrir cette magnifique poupée, mais que vraiment, là, on ne peut pas et que c'est bien dommage, parce qu'on serait prête à le fair s'il n'y avait pas tous ces obstacles que la vie dressait entre nous et le magasin Joué Club....

Tout ça pour ne pas dire "non". Et courir le risque de se faire détester, ne serait-ce qu'un temps, par son enfant.

Ce qu'il faudrait dire...

Tout simplement, faire comprendre à l'enfant qu'il ne peut pas tout avoir et ne pas avoir peur de sa réaction et de son chantage affectif. Selon la psychologue qui animait cette soirée, un bon parent, c'est aussi un parent qui accepte le fait de ne pas se faire aimer tout le temps.

 

 

Les sentiments: ils ne sont pas bons ou mauvais, ils sont, tout simplement

On accepte bien la joie, la gaîté, la satisfaction le bien-être, bref, tous les sentiments positifs que peuvent avoir nos enfants. En revanche, on a toujours un peu plus de mal à supporter de les voir en colère, de les savoir jaloux, de les savoir avoir peur.

Ce qu'on a tendance à dire

" C'est pas bien d'être jalouse de ton petit frère." ou "Non, on ne se met pas en colère quand on doit partir de chez Sarah, ça ne se fait pas".

Ce qu'il faudrait dire

" Je vois que tu es très en colère, parce que tu es frustrée de partir de chez Sarah. Je sais que tu as passé un bon moment chez elle et tu vas me raconter dans la voiture ce que vous avez fait cet après-midi" (et hop l'air de rien, pendant qu'on dit ça, on enfile le manteau, c'est toujours ça de fait...!)

Je ne sais pas si ça marche. Certainement pas à tous les coups. Ce serait trop simple ! Mais ça a le mérite d'aider l'enfant à mettre des noms sur ce qu'il ressent et lui fait comprendre que le message qu'il cherche à faire passer est bien arrivé à son destinataire et du coup, ça calme un peu le jeu.

Les sentiments, quels qu'ils soient, n'ont pas à être jugés bons ou mauvais, bien ou pas bien. Ils "sont", un point c'est tout et il faut les accepter.

Sauf quand les enfants se roulent par terre et nous foutent la honte en plein milieu du Leclerc.

 

Préciser ses attentes  

(T'es encore là? Bon, ben je continue, tu vois, c'est long aujourd'hui, hein?)

Ce qu'on a tendance à dire:

"Tu seras polie quand on arrivera chez ma collègue Trucmuche." / "Range ta chambre"

et résultat: pas de bonjour ni de sourire arrivés chez Trucmuche et chambre à peu près dans le même état qu'avant que le message "Range ta chambre" (Pourtant on ne peut plus explicite) ait été formulé.

Ce qu'il faudrait dire:

Pour un enfant "être poli / sage" ou "ranger sa chambre" ne veut pas forcément dire la même chose que pour nous. Selon leur âge, ça peut même ne rien vouloir dire du tout.

Il faudrait donc pouvoir expliquer ce qu'on attend: "Chez Trucmuche, quand elle te dira bonjour, tu répondras aussi bonjour" ou "Dans ta chambre, tu mets la poupée dans le landau et les légos, dans la boîte", ça évite pas mal de conflits...(à ce qui parait! J'ai pas encore eu le temps de tester!)

 

 

Parler de la mort, de la maladie

Ce qu'on a tendance à dire:

"Il est parti" ou "Il est au Ciel"

Parce qu'on veut protéger l'enfant, lui éviter des peurs inutiles ou parce que la vérité est trop difficile à accepter, même pour soi-même et que c'est une façon de la dissimuler.

Ce qu'il faudrait dire:

Tout simplement "Il est mort" et préciser "Il s'est arrêté de vivre"

Quel que soit son âge, un enfant est capable de comprendre cette information. Ils ne comprennent le côté irréversible de la mort que vers 6 ans, mais avant cet âge, ils peuvent tout à fait s'y retrouver avec le mot "mort".

Si c'est la maladie qui a emporté la personne, on peut préciser qu'il était très malade et si l'enfant a peur - quand à son tour il est malade - de mourir, bien lui expliquer qu'il y a des maladies très graves et qu'en tous cas on ne meurt pas d'une angine ou d'une gastro.

 

Dans tous les cas de figure, la base de la communication c'est de se dire qu'on peut effectivement tout dire à des enfants, qu'il y a beaucoup de choses qu'ils sont en mesure d'entendre, mais qu'il ne faut pas leur mentir, même pour les préserver. Cependant, la vérité à laquelle ils ont droit doit être aménagée en fonction de leur âge. On peut, quand l'enfant est tout petit, n'en donner qu'une partie et, en fonction de sa demande et de sa maturité grandissante, on peut fournir des compléments d'information (par exemple sur le fait que certaines personnes croient que l'être aimé est au ciel et continue à les regarder, ou sur le souvenir de la personne qu'il convient d'entretenir afin que celle-ci continue à vivre dans les cœurs, ou sur la maladie qui a emporté la personne), qui viendront compléter mais en aucun cas corriger ce qui a été dit précédemment, puisqu'il faut donner la véritable information dès le début et s'y tenir. Si l’on n’a pas menti, l'enfant arrivera donc à faire son propre cheminement avec les réponses que l'on fournit à ses interrogations.

 

Voilà...ceci n'est en aucun cas le manuel du parfait parent qui sait communiquer. Je ne fais que retranscrire ce que j'ai entendu à cette conférence et je ne cherche pas édicter une règle de conduite, mais la plupart des situations évoquées m'ont amené à réfléchir sur ma façon de faire, et surtout de parler avec mes enfants...ou pas.

 

Et vous, avez-vous fait l'expérience de ces situations qui dérapent parfois, faute de savoir utiiser les bons mots?

 

(bon, ben si t'es arrivé jusque là, c'est que tu m'aimes vraiment...merci!)

 

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commentaires

liluna 21/09/2011 16:24


bonjour, j'ai découvert ton blog il y a quelques jours. une amie avait partagé sur facebook ton article : "du temps libre pour les mères : une nécessité qui ne devrait pas être un luxe". et depuis
je lis tous tes articles depuis le début ;)j'aime beaucoup ton blog. je m'y retrouve facilement, j'ai une petite fille de 16 mois. cet article me parle particulièrement, très intéressant. c'est ce
que j'ai toujours essayé de faire, lui parler pendant une crise mais je suis parfois dans l'impasse face aux frustations de ma fille.


C-cilou 24/09/2011 21:56



Bonjour et bienvenue, ton commentaire me fait vraiment plaisir...Bonne lecture de mes articles alors !


concernant les frustrations, c'est vrai que nos Loulous sont en plein dedans à leur âge (15 mois ici). En ce moment, il pleure à grosses larmes dès qu'il n'a pas le droit de faire qqc et il tape
très fort de ses petits pieds. J'ai parfois du mal à ne pas céder...parce que ça me remue de le voir se mettre dans des états pareils...et attends, le pire question frustration, c'est la période
des 2 ans, la phase d'opposition...l'horreur.



Mary 15/05/2011 12:05


C'est super intéressant ce genre de conférence. j'azi eu le souci quand ma belle soeur a du faire une img a 7 mois de grossesse alors que moi j'arrivais au terme de ma deuxième grossesse. Mais j'ai
jamais trouvé la force de parler avec mon fils du fait que sa tata était enceinte et ne l'est plus.


C-cilou 16/05/2011 13:55



oulala pour une IMG c'est encore autre chose...parce que c'est difficile d'expliquer pourquoi le bébé est mort alors qu'il n'était pas encore né...j'aurais eu aussi beaucoup de mal



Covima 10/03/2011 21:55


Mais pourquoi n'ai-je pas lu ton billet cet après-midi ? Je me suis énervée ce soir après les enfants et je le regrette bien car tout est parti d'une broutille : répéter 36 fois de se laver les
mains et de venir manger. Résultat la soirée a été gâchée. Ton billet est très intéressant, tu as eu le temps de noter tout ça pdt la conférence ?


C-cilou 11/03/2011 22:32



Merci !


Non, je n'ai pris aucune note pdt la conf (et en plus je suis arrivée en retard, donc j'en ai loupé un bout). Mais c'était passionnant alors j'ai tout bien mémorisé et j'ai pu écrire mon article
de tête (même 4 jours après).


Effectivement, ça part souvent en vrille à cause d'une vroutille et il faut lutter pour éviter que ça s'envenime en y mettant du sien...mais c'est pas toujours facile. (ils sont fourbes, ces
petits!)



laurence Gantois D 22/02/2011 08:18


Très intéressant article . On a tendance en effet à vouloir tout expliquer aux enfants ( l'enfant est une personne , Doltomania etc.. ). Tout se résume en effet pour les parents à la peur de ne pas
être aimé et donc , par les explications , on évite le "non" et le rejet . Les enfants, de leur côté testent jusqu'où va notre amour . Encore assez simple pour les petits , aller contre le désir ou
le principe de plaisir de ses enfants peut , à l'adolescence, susciter des réactiosn extrêmes ( violence verbale qui pourrait dégénérer en violence physique ) . Alors , avc les petits , s'exercer à
affirmer le rapport de force en faveur des parents ne peut être que positif pour l'avenir et installer la frustration si posotive selon tous les psys .


C-cilou 22/02/2011 23:20



J'essaie aussi de ne pas "trop" expliquer aux enfants, en tous cas, de ne jamais tomber dans la justification. Et en fait je crois que les propos de Dolto ont été mal compris. Elle a dit certes
qu'il fallait parler aux enfants, mais pas les saoûler d'explications genre thèse de 3ème sycle ! 



Emilie P 21/02/2011 12:31


Quel sujet passionnant... je suis également adepte de m'attacher à focaliser uniquement sur l'origine de la réaction des mes enfants... quand je suis détendue naturellement. Mais là où je bloque,
c'est avec le petit (18 mois cette semaine), qui se met dans des états de colère hallucinants dès qu'il est FRUSTRE (le mot est lâché!) : l'assiette est vide ou n'arrive pas assez vite, il faut
s'allonger pour changer la couche, il faut partir du parc, le chat ne veut pas se laisser caresser, il veut descendre l'escalier sans donner la main, son frère ne veut pas qu'il "décasse" sa super
construction en légos etc. etc. C'est l'EN-FER ! Je tente de prendre sur moi pour ne pas surréagir (qu'elle est tentante la paire de claques :-D), mais ses réactions me mettent hors de moi...
quelqu'un aurait-il un tuyau adapté à une petit diablotin de 18 mois qui joue des coudes pour imposer se place dans la famille ?


C-cilou 22/02/2011 23:16



...c'est vrai que je me dis parfois aussi, quand je suis très énervée et à bout de patience (je sais pas si ça se dit, mais je crois que tu vois très bien de quoi je parle!), qu'il y a des
claques qui se perdent...mais je me retiens, parce que je me suis jurée de ne jamais en donner à mes enfants. ça me démange, mais je suis sure qu'au final, ça ne calmerait pas tant le jeu, au
contraire.



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Maman de deux Loulous (4 ans et 20 mois), prof en congé parental, mariée à Monsieur C-cilou.

Je blogue pour répondre à une irrésistible envie de de décrire le quotidien, pour lui donner plus de saveur, le rendre plus rigolo et doux, comme un ourson haribo...et éviter que ma mémoire ne se vide à la vitesse d'un paquet de bonbons ! Je blogue pour prendre du temps pour moi, pour me poser, réfléchir, comprendre, partager.

Depuis Septembre 2011, nous vivons à Berlin (oui, oui, en Allemagne).

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