Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
12 août 2011 5 12 /08 /août /2011 08:06

 526712_R_by_Simone-Hainz_pixelio.de.jpgPour ma première participation aux « Vendredis intellos » de Mme Déjantée, j’ai choisi de rendre compte d’une émission diffusée récemment sur France Culture (oui, depuis que je suis agregée, je n’écoute plus France Inter, mais France Culture….huhuhu) (Non, en vrai, c’est Monsieur qui écoute France Culture et qui m’a dit que je devais absolument réécouter l’émission « Le grain à moudre » qu’il venait d’entendre en voiture)

Cette émission était consacrée à la culpabilité maternelle. Un sujet qui, comme l’ont rappelé les intervenants en introduction, ne semble, à une écrasante majorité, intéresser que les femmes : les mères, plus que les pères.

 

C'est aussi un sujet qui me "travaille" particulièrement ces derniers temps (cf. ici et )

 

Voici le résumé de l'émission, avec, en italiques, quelques réflexions complémentaires qu'elle m'a inspirées.

 

Pour Jean-Pierre Winter, psychanalyste, la culpabilité maternelle intervient quand on a peur de perdre l’amour de ses enfants. Autrefois, la principale tâche d’un parent était de se faire craindre, obéir et on prenait volontiers le risque de ne pas être aimé pour viser cet objectif. Mai 68 est passé par là et les parents ont renoncé à exercer une forme d’autorité qui leur ferait perdre l’amour de leurs enfants. La hiérarchie n’est plus naturelle, elle est renégociée en permanence avec force séduction, négociation… Il suffit que l’enfant manifeste qu’il n’est pas content pour que les parents se sentent coupables, surtout la mère. A cela s’ajoute le fait que les rapports humains sont toujours teintés d’ambivalence et qu’un parent est à la fois aimant et haïssant et c’est là tout le fondement de la culpabilité maternelle. Or en tant que mère on n’a pas le droit de se sentir haïssante, ambivalente, donc cette part interdite ne peut pas s’exprimer, et la culpabilité fait son nid.

 

Pour ma part, j'ajouterais à cette définition de la culpabilité maternelle que c’est aussi la crainte de ne pas être à la hauteur de la responsabilité qui nous est confiée quand on met au monde un enfant. La peur de mal faire, la peur d’échouer là où toutes les autres femmes ont réussi. Ce n’est donc pas uniquement la peur de perdre l’amour de son enfant, même si elle est réelle, ou le tabou qui consiste à avoir un sentiment de rejet envers son enfant, mais aussi la peur de faillir à son devoir…et là, ce n’est pas tant l’enfant qui nous ferait sentir qu’on a commis un manquement, mais la société.


J’ai bien aimé ensuite l’intervention de Sylviane Giampino, psychanalyste et psychologue, parce qu’elle rejoint ce que j’ai tenté de formuler plus haut. Selon elle, les mères subissent nombre d’injonctions et une pression assez forte. Ce qui est singulier, dans la culpabilité maternelle, c’est qu’elle naît dans l’enfantement, cette lame de fond, cette surcharge affective, cette énergie désorientée. C’est dès la première nuit à la maternité, autour du berceau et dans la solitude de leur chambre d’accouchée, que bien des femmes font l’expérience de la culpabilité. A la fois très centrées sur le bébé et dépendantes de leur environnement (leur conjoint, les soignants), vers qui elles lancent des appels. Sylviane Giampino conclut qu’il y a une véritable difficulté à organiser des relais attentifs, bienveillants et non culpabilisants pendant la grossesse (par rapport à la prise de poids, à l’activité professionnelle, à l’alimentation...) et après, notamment en ce qui concerne l’allaitement maternel (ou comment les non allaitantes se sentent coupables de ne pas allaiter, pendant que les allaitantes se sentent coupables d’éprouver des difficultés à allaiter et de ne pas « réussir leur allaitement » aussi bien qu’elles l’auraient imaginé).

 

Ce témoignage a fait écho en moi. Je me suis revue à la maternité, lors de la première nuit passée avec ma fille, incapable de calmer ses pleurs, impuissante, maladroite et surtout incroyablement seule. J’avais l’impression que le message que ma fille me hurlait était le suivant : « Espèce d’incapable ! Tu n’es même pas capable de comprendre que j’ai faim ! Mais qui c’est qui m’a refilé une mère pareille, une godiche ! Au secours, je veux changer de mère !» Je vous jure que c’est exactement ce que je m’imaginais qu’il lui passait par la tête. S’il avait été possible, dans cette maternité, de faire dormir les pères auprès de leur compagne et de leur nouveau-né, comme c’est le cas dans d’autres maternités, j’aurais sans doute vécu les choses autrement. Je ne me serais pas sentie seule responsable et donc coupable. J’ai aussi culpabilisé parce que je n’arrivais pas à allaiter ma fille, mais comme je suis quelqu'un de très déterminé et que cette culpabilité que j’éprouvais était véritablement (comme le disait S. Giampino dans l’émission) un « outil de remise en cause », je me suis interrogée sur mes motivations et comme elles étaient vraiment plus de l’ordre de la volonté personnelle que de l’injonction sociétale, j’ai puisé la force et la motivation de continuer. Si ça avait été pour faire plaisir à mon entourage ou « parce que ça se fait », j’aurais abandonné…et donc échoué.


L’intervention de Claire Alet, journaliste spécialisée dans les questions d’inégalités hommes-femmes, a rappelé le lien entre la culpabilité maternelle contemporaine et la persistance des inégalités hommes-femmes. Aujourd’hui (sauf chez moi ! Merci mon chéri !), 80% des tâches ménagères sont encore effectuées par les femmes. Les femmes ont largement investi le marché du travail, elles travaillent majoritairement…mais elles continuent à être les seules à s’occuper du ménage et des enfants. Elle a rappelé au passage le cas de l’Allemagne (que je connais bien pour y avoir vécu. Je vous renvoie à ce propos vers la synthèse du modèle allemand faite par  Clem la Matriochka). C’est un cas particulier, parce que le taux d’emploi des femmes y est inférieur à la moyenne européenne et pourtant elles font peu d’enfants. Il y a en Allemagne une injonction sociale très forte à être « une bonne mère ». Etre une bonne mère selon les conceptions allemandes, c’est presque un job à part entière. Par conséquent, les femmes diplômées ne font pas d’enfants et travaillent et les femmes non diplômées ne travaillent pas et s’occupent des enfants. Et quand elles travaillent c’est à majorité à temps partiel.

 

Du coup, comme le dit Claire Alet, « dans un pays qui ne s’occupe pas bien des enfants, les femmes cessent de faire des enfants et quand elles sont amenées à faire un choix entre carrière et maternité, elles font le choix de la carrière, au détriment de la maternité. » A cela s’ajoute le fait qu’il y a très peu de modes de garde pour les enfants en très bas âge. Il est quasiment impossible de faire garder un enfant de moins d’un an, les nounous sont très peu nombreuses et les crèches ne prennent (dans le meilleur des cas) qu’à partir de un an. En Allemagne, l’idée selon laquelle la place d’un enfant de moins de trois ans doit être auprès de sa mère étant très ancrée dans l’inconscient collectif, on voit d’un très mauvais œil une mère qui travaille. On les appelle d’ailleurs les « mères corbeau ».


Selon S. Giampino, seule une transformation de la conception de la paternité pourrait alléger la culpabilité maternelle. Elle souligne que justement, on se trouve actuellement à un moment charnière. Les constats en 2011 sont les mêmes qu’il y a 20 ans mais dans le même temps, les choses bougent. Les hommes sont en train de transformer leur rapport au travail et leur rapport aux enfants. L’identité masculine était associée à la virilité, or aujourd’hui le monde du travail se transforme il ne tient plus ses promesses, les hommes peuvent se trouver à tout moment sur un siège éjectable, d’où un renforcement des valeurs affectives qui représentent l’avenir. Ce qui gagne en puissance dans leur projet de vie c’est se construire une famille. Attention, il ne s’agit pas de la réalité de ce que les pères vivent ( on pense à la crise, aux heure supplémentaires qu’il faut aligner si on veut avoir un revenu décent…) mais de la façon dont les choses sont en train de se transformer dans leurs têtes…peut-être qu’on se dirige alors vers une culpabilité mieux assumée….par les deux parents et pas par la seule mère.

 

L’intervenant suivant était Olivier Postel Vinay, directeur de la rédaction du magazine Books (qui a sorti un numéro spécial « Tout sur la mère », qui aborde une foule de questions liées à la maternité : Qu’est-ce aujourd’hui qu’une bonne mère ou une mauvaise mère? Jusqu’où peut, doit, aller son investissement dans ses enfants? Pourquoi est-elle si couramment désignée comme coupable, voire haïe? La mère absente, est-ce un drame? Comment la tension entre travail et foyer est-elle vécue d’un pays à l’autre, d’une classe sociale à l’autre?...j’aimerais bien me le procurer, mais je ne suis pas sûre de le trouver dans mon bled). Il a évoqué un point qui m’a semblé très intéressant : quand un enfant est puni par ses parents, la levée de la punition n’a pas le même effet si c’est par la mère ou le père. Il y a quelque chose qui est quasiment structurel. Le père a dans le psychisme de l’enfant, une position différente. L’enfant a l’intime conviction que la mère va pardonner, donc son pardon ne vaut pas grand-chose. Mais avec son père, il se dit qu’il est possible que celui-ci ne lui pardonne pas.

 

D’où la propension de certains enfants (à commencer par les miens), à pousser le bouchon un peu trop loin en particulier avec leur mère. Ils savent que quoiqu’ils fassent, leur mère leur pardonnera et continuera à les aimer. Ils obéissent, en revanche plus facilement à leur père car ils ne sont jamais certains d’obtenir son pardon et craignent de perdre ainsi son amour.

 

Le lien vers l’émission, que vous pouvez réécouter : cliquez-ici

Mère agitée de Nathalie Azoulai cliquez ici

Les mères qui travaillent sont elles coupables ? S. Giampino cliquez-ici

Le magazine Books consacrée à ce thème : cliquez ici

 

bebe-lit-final.jpg

 

Photo: Simone Hainz  / pixelio.de

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Marie 13/08/2011 09:47


Super article!!

La culpabilité, ouais je connais... Chez moi c'est la culpabilité d'élever mes 3 enfants diféremment qui est dominante.

J'ai une première fille, qui a aujourd'hui 11 ans, je l'ai eu à 22 ans, j'ai fait une depression du post partum. Je ne lui ai jamais concocté de bons petits plats, j'étais à l'epoque une piètre
cuisinière, j'ai repris le travail très tôt (trop tôt?)...

Mes jumeaux ont 5 mois, je n'ai pas fait de depression, j'ai vécu leur arrivée avec sérénité. Je leur prépare des compotes et purées maison avec assiduité et plaisir...

Je culpabilise par rapport à ça, mais c'est ainsi.


C-cilou 14/08/2011 15:36



C'est intéréssant que chez toi, la question de la culpabilité se cristallise autour de la question de l'alimentation...


Intéréssant aussi que tu aies vécu l'arrivée de jumeaux avec sérénité alors que normalement, c'est une source de stress...


En tous cas, je crois qu'il est important de se dire que quoiqu'on fasse, on n'arrivera jamais à élever nos enfants de la même façon. Même si on veille à les traiter avec équité et à les mettre
sur un pied d'égalité, on ne les aime pas de la même façon, on était soi-même différent lors de leur naissance, ils ont également leur propre personnalité, bref, pas facile...



Mme Faust 12/08/2011 19:50


Très bel article, vraiment très intéressant!! Et puis ça parle à toutes ça!!
il est vrai qu'une mère à tendance à culpabiliser bien plus qu'un père. Mais aujourd'hui la tendance est à la culpabilité partagée que tu évoques : les pères qui travaillent beaucoup, rentrent tard
et qui du coup ne se fâchent jamais contre leur(s) enfant(s)sous peine de n'être plus aimé.
Mais cela soulève du coup le problème de l'autorité de ces "nouveaux parents" qui du coup font de leurs bambins des enfants rois, enfants complétements perdus sans repère et sans cadre, sans cesse
à la recherche de limites et des parents perdus face à cet enfant qu'ils n'arrivent plus à gérer...tout ça nous fait un bon vieux cercle vicieux...avec parents et enfants à la dérive! (j'ai noirci
le tableau là hein??! je devrais peut être en faire un billet tiens!)
En tout cas merci pour cet article, qui amène, ou du moins qui m'amène à réfléchir! ;)


C-cilou 14/08/2011 15:30



Non, c'est très bien décrit...j'ai hâte de lire ton futur billet...sur "comment la culpabilité parentale fait que nos enfants sont ingérables!"



MissBrownie 12/08/2011 17:30


Ah! La Culpabilité des mères ... A chaque instant de la vie de mes doudoux, je la ressens ... C'est horrible cette culpabilité.


C-cilou 14/08/2011 15:28



Quoiqu'on fasse on la ressent...et je ne connais aucune mère qui ne l'aie pas ressentie...


Et même quand on s'efforce d'en faire abstraction et de faire "comme on le sent", elle est là, sournoise...



Mme Déjantée 12/08/2011 16:54


Waouh!!! Que de liens!! Que de références!!! Tu aurais pu nous tenir des semaines rien qu'avec ça!!!
Du coup, j'aurais un paquet de choses à dire... j'espère réussir à faire le tri d'ici lundi :p

A lundi donc pour le débriefing!!! Et si tu as cinq minutes pour relayer les autres contributions d'une manière ou d'une autre, ce serait top (je me noie!!!)


C-cilou 14/08/2011 15:25



Oui, c'est vrai, tu as raison, vu le temps que ça m'a pris, j'aurais dû optimiser et faire au moins une partie par interventin, j'aurais été "tranquille" pendant 4 semaines ! Mais que veux-tu,
ton enthouiasme est contagieux et je n'ai pas su faire plus court !


Bon courage pour le tri...



  • : C-cilou et ses loulous
  • C-cilou et ses loulous
  • : Des trucs de Mamans..mais pas seulement !
  • Contact

Soit dit en passant

Je suis de retour... ou pas.

 

 

Rechercher

C'est qui C-cilou?

 

Maman de deux Loulous (4 ans et 20 mois), prof en congé parental, mariée à Monsieur C-cilou.

Je blogue pour répondre à une irrésistible envie de de décrire le quotidien, pour lui donner plus de saveur, le rendre plus rigolo et doux, comme un ourson haribo...et éviter que ma mémoire ne se vide à la vitesse d'un paquet de bonbons ! Je blogue pour prendre du temps pour moi, pour me poser, réfléchir, comprendre, partager.

Depuis Septembre 2011, nous vivons à Berlin (oui, oui, en Allemagne).

Me contacter

C_cilou_loulous@yahoo.fr

je suis une maman bambinou

Suivez-moi sur Hellocoton

Retrouvez C-cilou sur Hellocoton

Bannière

Photos (de gauche à droite) © Tom Kleiner © Utaaah © Klaus Gerhardt

pixelio.de