Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
19 février 2012 7 19 /02 /février /2012 19:46

 vertrauen.JPGJ'ai été hyper fusionnelle avec mon fils.

Nous avons passé beaucoup de temps, lui et moi, collés l'un à l'autre. Nous avons fait beaucoup de peau à peau et de câlins dès sa naissance. Je l'ai allaité assez longtemps (tout est relatif, mais du point de vue français, 7 mois et demi est une durée d'allaitement assez longue) et si son papa n'avait pas souhaité que l'allaitement s'arrête pour qu'il trouve, à juste titre, un peu plus facilement sa place dans la triade, je l'allaiterais encore à l'heure qu'il est. Je l'ai gardé à la maison et je n'ai pas repris le travail deux mois et demi après sa naissance, comme je l'avais fait pour sa sœur. Je l'ai élevé avec beaucoup de douceur, d'empathie, cherchant à anticiper ses demandes et à éviter ses pleurs. Je me suis relevée jusqu'à dix fois par nuit pour le bercer, le réconforter. Je l'ai porté, en écharpe, en porte-bébé, sur le ventre, la hanche, le dos. Il ne supportait pas de me voir faire quelque chose d'autre? Qu'à cela ne tienne, je l'installais dans le porte-bébé et je vaquais à mes occupations, mon bébé lové contre moi. Je m'interdisais de faire certaines choses indispensables alors qu'il était réveillé. Je réservais tous les coups de fil, la paperasserie, les contraintes diverses à régler pour les moments de sieste. J'ai un bébé extrêmement câlin, très demandeur de caresses, très tactile. Je m'en suis accommodée pendant les premiers mois et j'ai sans doute encouragé davantage la fusion en cherchant à compenser mon indisponibilité, temporairement liée à la préparation de mon agrégation.



Et puis cela a fini par me peser. Quasiment au sens propre du terme...Le poids de ce bébé devenu grand, qui demandait à être porté sans arrêt, le poids de ses demandes d'attention, le poids de la culpabilité d'être une mère qui aurait dû faire mieux et plus pour combler les désirs de son enfant, jamais satisfait, toujours en demande d'affection, jamais rassasié d'amour. Tous ces poids, trop lourds à porter pour mes épaules.



Je ne pouvais pas quitter la pièce sans qu'il hurle.

Je ne pouvais pas le faire garder par une baby-sitter, par ses grands-parents, à la halte-garderie.

Je ne pouvais pas aller aux toilettes seule.

Je ne pouvais pas finir un repas sans le prendre sur mes genoux.

Je ne pouvais pas faire la cuisine, le ménage, la vaisselle, sans l'avoir calé sur ma hanche.

Je ne pouvais pas être assise en voiture, côté passager, sans lui tenir la main, voire me retourner pour qu'il me voie.

Il refusait d'être pris dans les bras par d'autres personnes, pourtant de confiance. En dépit de mes paroles rassurantes et de mes explications, il ne daignait pas accorder la moindre attention à ses grands-parents, il restait collé à moi, son pouce vissé dans la bouche.



Et surtout: j'étais devenue son doudou. Il n'avait jamais accepté qu'on lui en donne un (ni choisi un lui même), préférant poser sa main dans mon cou, pressant parfois tellement fort que ç'en était douloureux.



Et puis j'en ai eu assez, assez d'avoir à être sans arrêt à disposition de mon fils, assez d'avoir à répondre en priorité à ses demandes et pas à celles de sa sœur, de son père. Fatiguée d'être la seule personne de référence pour mon enfant, lasse. Je me suis sentie vidée de mon énergie, j'ai eu soudain envie d'air, envie de vacances. Mais quand on est maman, on ne prend pas de vacances de son enfant. Cette dépendance m'a pesé, m'a épuisée physiquement et mentalement. J'étais vidée de l'énergie que je livrais intégralement à mon fils.



Alors j'ai décidé de réagir et j'ai profité d'un retour en France pour consulter mon médecin généraliste. Mon "médecin de famille". Celui qui soigne le corps, mais aussi l'âme. Celui qui m'avait conseillé, il y a un an, alors que j'étais tiraillée entre la préparation de l'agrèg, mes deux enfants si petits et ma vie personnelle, de "faire quelque chose pour moi". Celui qui est à l'origine de mon blog, donc, en quelque sorte. Je savais qu'il pourrait m'aider et surtout, je voulais savoir une chose:



Est-ce que c'est une évolution normale et qu'à 18 mois à peine, un enfant est encore très dépendant de sa mère, que l'autonomisation va finir par bientôt arriver...

ou

Est-ce que nous nous sommes engagés dans une voie dont il sera difficile de sortir sans faire quelque chose dès maintenant?



Et là, mon médecin a été catégorique: arrêtez cela tout de suite. Votre enfant n'a plus autant besoin de vous. Un enfant a besoin d'une 1/2 heure par jour d'attention inconditionnelle, de jeu, de communication avec son parent. Une demie-heure où vous n'êtes qu'à lui, où vous ne pensez pas au repas à préparer aux factures à payer. Une demi-heure de qualité, de complicité. Cette demi-heure doit être là tous les jours, quoiqu'il arrive, et vient en plus des temps de repas, de change, de soins, de bain etc. Vous pouvez tout à fait lui accorder plus, mais cette demi-heure est le minimum vital. En revanche, s'il y a des jours où vous ne pouvez pas lui accorder plus d'une demi-heure parce que vous avez des choses à faire, des impératifs ou que vous avez besoin de temps pour vous, eh bien ce n'est pas grave. Il n'a pas besoin de plus. Vous ne devez pas culpabiliser parce que vous ne lui accordez pas plus de temps ou parce que vous n'êtes pas plus disponible. Il est malin, votre fils, il attire votre attention en vous demandant des câlins en permanence. Souvent, les enfants ont recours aux cris, font des bêtises, arrêtent de manger, quand ils veulent l'attention de leurs parents. Le votre est intelligent, il sait qu'un câlin, ça ne se refuse pas. Alors maintenant, quand il voudra être porté ou dorloté quand vous avez besoin de faire autre chose, par exemple de finir votre repas, vous ne le porterez plus et si vous le lui dites, surtout, vous vous y tenez. Sinon votre parole n'aura plus de valeur. Et vous n'êtes pas son doudou, vous n'êtes pas sa chose, vous êtes sa mère, et c’est encore plus important pour lui qu'un doudou. Et pour finir, il a regardé mon fils et lui a dit, en le regardant droit dans les yeux: "maman va changer des choses à la maison, tu sais."



Je me suis dit que ça allait être difficile de lui faire comprendre un tel changement. Que ça allait prendre du temps (le médecin avait dit : 3 mois environ), que cela allait être dur de repousser ses élans d'affection.



Et puis finalement, il nous a fallu...un jour. Une seule petite journée. Et finalement, la seule conversatin avec le médecin, en présence de mon Loulou, aura suffi.

Le changement a été radical. Dès le lendemain, il acceptait de prendre un doudou avec lequel il dort. Maintenant, dès qu'il met sa main dans mon cou, je lui dis gentiment mais fermement  "Je ne suis pas ton doudou", en lui embrassant sa petite main.

Deux jours plus tard, il voyait mes parents et leur courait dans les bras. Tout le monde a remarqué le changement et s'en est étonné...!

Une semaine plus tard, je l'emmenais dans un groupe d'activités pour les bébés, auquel on allait régulièrement mais où il passait son temps assis sur mes genoux, comme fatigué, apathique. Là, il est allé spontanément chercher des jouets avec lesquels il n'avait jamais joué. Il s'est approché des autres enfants et a joué avec eux. Ici aussi, les mamans présentes, qui n'étaient pas au courant de l'opération "déscotchage" se sont demandé ce qui se passait tellement l'évolution était flagrante.

Un mois plus tard, je faisais venir la baby-sitter pour une soirée en amoureux. D'habitude, on la faisait venir après le coucher, j'appréhendais un peu de partir plus tôt cette fois. Mais il n'y a eu aucun problème, aucune larme. Une petite main qui a fait au revoir...et c'est tout.

Je peux vaquer pendant une heure à mes occupations, répondre à mes mails en retard, faire du ménage sans avoir à supporter ses lamentations. Il joue tranquillement pendant une heure, dans son coin et n'a pas besoin de moi, du moment que je lui accorde effectivement SON temps à lui et rien qu'à lui et qu'il sait que tous les jours je jouerai avec lui à un moment de la journée, si possible en gros au même moment, dans la matinée, pour qu'il aie ses repères. Il sait aussi que c'est quand même mieux d'avoir une maman disponible et pas une maman énervée qui essaie tant bien que mal de s'acquitter de ses tâches ménagères, un bébé greffé sur la hanche.



Il prend sa place dans la famille. Il y a quelques semaines encore, quand on lui demandait "comment tu t'appelles?" il répondait "maman!" (sa sœur, elle, au même âge répondait "chaussure!" pour la même question!). Maintenant, il dit son prénom. Peut-être que ça correspond à son évolution, à son degré de maturité. certes, mais c'est symptomatique. Il aime plus que jamais passer du temps avec son papa, être couché par lui, savoir que c'est lui qui lui donne son bain. La journée, il demand où est papa et il se réjouit vraiment de le voir rentrer. Il aime aussi nommer les membres de la famille, les montrer du doigt et surtout se montrer lui-même du doigt, quand il sait que quelque chose lui appartient, à lui. Et surtout, il a l'air bien. Il est heureux mon Loulou, il ne souffre pas de la "séparation".



Je suis sûre qu'il n'était que peu responsable, finalement, de cette hyper-fusion. Je parlais de SES besoins, de SON caractère très possessif, exigeant. Mais en fait, c'était sans doute MOI qui produisait cet attachement excessif. Et il avait peut-être que je lui donne la permission d'aller vers les autres, l'autorisation de se détacher de moi, le feu vert pour l'autonomie. Il était prêt à se lancer, mais c'était moi, qui inconsciemment, le retenait de partir en m'agrippant à sa petite main.



Il est parti, il a pris son envol et nous en sommes très heureux, tout les deux.




Photo: Lucie Kärcher  / pixelio.de





Partager cet article

Repost 0
Published by C-cilou - dans Ma vie de maman
commenter cet article

commentaires

Coco 08/04/2017 14:18

Merci pour ton échange. Je me sens souvent seule et incomprise face à cette relation avec ma fille. Elle va avoir un an, je l'allaite encore (et cela fait plaisir de lire que d'autres mamans françaises ont allaité longtemps). Notre famille n'habite pas dans le coin et c'est souvent moi qui garde ma fille. Par contre ce côté fusionnel vient surtout d'elle car j'aime conserver un peu d'indépendance, j'ai apprécié reprendre le travail à 4 mois. Je laisse ma fille le plus possible quand on voit du monde. C'est elle qui me réclame beaucoup, qui pleure quand je passe dans son champ de vision ou quand elle m'entend. ça devient pesant pour moi, pour son papa aussi. J'ai tenté de lui expliquer, je refuse de la prendre quand elle le réclame et que je suis occupée... et je ne sais plus comment faire...

Mag 29/02/2012 11:37

Merci pour ce récit ! De notre côté, pas de problème pour laisser bonhomme chez sa nounou ou avec son papa, mais dès que je passe dans son champ de vision, les autres ne comptent plus et il pleure
pour que je m'occupe de lui. Si on n'est que tous les 2 à la maison, il est toujours dans mes pattes aussi et j'avoue que j'aime bien les câlins aussi ! Mais du coup, je ne suis pas très efficace
au niveau des choses à faire à la maison... bref, je n'ai pas encore complètement coupé le cordon... Mais ça viendra, ton récit le montre. ;o) Merci !

C-cilou 02/03/2012 22:15



C'est vrai qu'il faut que les deux (maman et enfant) soient décidés pour "couper le cordon". Moi j'en avais vraiment assez et j'étouffais, donc ça s'est bien passé. Mais si j'avais hésité, ça
n'aurait pas aussi bien marché. Donc à vous de trouver le rythme !


PS: je pensais à toi justement il n'y a pas longtemps, il faudra qu'on se revoie un de ses jours (avant que je ne parte, snif!)



Laure 28/02/2012 10:52

Chapeau! Depuis le temps que je devais lire cet article. C'est incroyable. Il a tout compris dès la visite chez le médecin. Les enfants entendent tout et le fait que le médecin se soit adressé
directement à lui a jouer aussi. Souvent le pédiatre parle comme ça à mes enfants...parfois ça marche! La parole des autres a plus de poids que celle des parents!
Je culpabilise de ne pas passer un temps avec chacune de mes filles. Mais pas toujours évident. ça donne à réfléchir...
Merci pour ce partage.

C-cilou 02/03/2012 22:12



Le but n'était pas de te faire culpabiliser !!! En fait, il faut se dire qu'une demi-heure c'est à la fois peu (sur le nombre d'heures que compte une journée) et beaucoup (parce que quand on
cherche à la caser (x2 pour toi) dans un emploi du temps de working-mum, c'est vite difficile...) Mais en fait, c'est autant au papa qu'à la maman d'accorder ce temps aux enfants, donc vous
pouvez alterner. En je te garantis qu'après, les enfants sont beaucoup plus cools et te laissent vivre ta vie...(à savoir: faire les lessives, le repas, la vaisselle, la déclaration d'impôts...!)



Maud 28/02/2012 00:18

Très bel article ! La conclusion est assez réaliste je crois, mais si ça parait difficile à croire... On influence beaucoup leur comportement.
Une demi-heure par jour, ça parait peu, c'est fou ! Mais c'est vrai qu'en dehors de tout ce qui est indispensable (bains, repas etc...) c'est peut-être déjà pas mal... j'ai jamais compté...

C-cilou 02/03/2012 22:05



1/2 h par jour, ça paraît effectivement très peu (ça peut d'ailleurs être plus), mais si on s'efforce de se consacrer entièrement à l'enfant pendant cette demi-heure, de ne pas penser à autre
chose, de ne pas s'interrompre et qu'il faut que, même les jours de speed, elle soit là, cette famuse demi-heure, ben en fait, c'est finalement assez long et on peut y faire plein de choses. En
plus, je trouve que c'est bien de se dire que même avec plusieurs enfants, ce n'est pas la quantité, mais la qualité qui compte. Quand on pense que les mamans de 4 enfants doivent y consacrer 2h
quotidiennement, finalement, heureusement que ce n'est pas plus ! Et puis en plus, à cela s'ajoute les temps de repas, de change, de promenade, de coucher etc. Donc c'est bien plus de temps, mis
bout à bout.



Sofiso 24/02/2012 16:47

Je n'ai pas vraiment cette relation ultra fusionnelle avec mon doudou (qui aime faire sa petite vie), il l'est plutôt avec son papa (même si c'est moi qu'il voit plus ds la journée, qd papa est là,
je "disparais"...) mais je te remercie de nous avoir retranscris les paroles de ton médecin car ça me montre qu'il faut vraiment que je prenne du "vrai temps" avec lui pour justement lui montrer
l'importance qu'il a pour moi et que je prenne un peu de recul avec "tout le reste du quotidien" (ménage, repas, linge etc etc) parce qu'il se sent lèsé...
Disons que c'est un peu le contraire de ce que vous viviez, je ne lui accorde certainement pas (par obligation hein, j'adorerai passer mon temps à faire des trucs avec lui et pas tout le reste !)
l'attention qu'il mérite.

Les boules quand même de réaliser ça...

C-cilou 27/02/2012 22:36



Zut, le but n'était pas de faire culpabiliser, mais au contraire de déculpabilisez, parce qu'on pense souvent qu'il faudrait accorder quasiment tout son temps à son enfant, se forcer à jouer etc.
alors qu'au final, il faut assez peu de temps d'attention (1/2 heure, donc), mais quotidiennement et surtout de qualité. J'imagine que tu te poses quand même au moins 1/2h avec lui tous les jours
(je ne sais aps si tu travailles ou pas, mais si tu travailels à l'extérieur, ça doit effectivement être plus difficile), en tous cas, je te jure que je vois la différence, depuis que je lui
accorde son "vrai temps", je suis beaucoup plus efficace pour "le reste du quotidien" et en tous cas beaucoup moins énervée parce que j'ai mon bébé "dans les pattes" et que je n'arrive à rien
faire d'autre.



  • : C-cilou et ses loulous
  • C-cilou et ses loulous
  • : Des trucs de Mamans..mais pas seulement !
  • Contact

Soit dit en passant

Je suis de retour... ou pas.

 

 

Rechercher

C'est qui C-cilou?

 

Maman de deux Loulous (4 ans et 20 mois), prof en congé parental, mariée à Monsieur C-cilou.

Je blogue pour répondre à une irrésistible envie de de décrire le quotidien, pour lui donner plus de saveur, le rendre plus rigolo et doux, comme un ourson haribo...et éviter que ma mémoire ne se vide à la vitesse d'un paquet de bonbons ! Je blogue pour prendre du temps pour moi, pour me poser, réfléchir, comprendre, partager.

Depuis Septembre 2011, nous vivons à Berlin (oui, oui, en Allemagne).

Me contacter

C_cilou_loulous@yahoo.fr

je suis une maman bambinou

Suivez-moi sur Hellocoton

Retrouvez C-cilou sur Hellocoton

Bannière

Photos (de gauche à droite) © Tom Kleiner © Utaaah © Klaus Gerhardt

pixelio.de